1 semaine, 1 récit. #VendrediLecture => Le coup d’état du 24 mars 1976 en Argentine

Quand l’Argentine sombra dans la dictature des généraux

Le 24 mars 1976, une junte militaire, sous la direction du général Rafael Videla et de l’amiral Emilio Massera, réunissant les trois armes, dépose la présidente de la République, Isabel Perón. Prend ainsi brutalement fin une période de luttes et de victoires sociales.

Résultat de recherche d'images pour "junta 1976"Que rapporte l’ambassadeur des États-Unis à Buenos Aires, Robert Hill, trois jours après le coup d’État du 24 mars 1976, au secrétariat d’État à Washington ? « Voilà, sans doute, le coup d’État le mieux exécuté et le plus civilisé de toute l’histoire de l’Argentine. (…) Le général Videla s’est engagé à rapidement résoudre les problèmes compromettant plusieurs de nos intérêts ainsi qu’à favoriser les investissements étrangers. »

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La dictature qui vient de s’instaurer sera la plus sanglante de l’histoire argentine, mettant fin à une période d’intense mobilisation populaire. En effet, les années précédentes furent marquées par des luttes d’une ampleur nouvelle des travailleurs et de la jeunesse argentine, et d’importantes victoires sociales remportées, à un moment où le très fort impact de la révolution cubaine a donné un souffle nouveau aux forces politiques de gauche.Résultat de recherche d'images pour "cordobazo"Ainsi en 1969, éclate, dans la deuxième ville du pays, Cordoba, le Cordobazo, large mouvement de protestation sociale qui regroupe ouvriers et étudiants. Les années suivantes furent également marquées par une forte politisation de la jeunesse et trois grandes formations de jeunesse du pays, péroniste, radicale et communiste sont unies au sein d’une large coordination.
Résultat de recherche d'images pour "cordobazo"En mai 1973, le péronisme gagne les élections à la présidence avec Campora, et durant une très brève période instaure une politique de gauche. Avec le retour du général Perón et son décès en 1974, l’ascension d’Isabel Perón ouvre une bataille politique au sein de laquelle l’extrême droite et les paramilitaires, incrustés dans l’appareil d’État, s’unissent dans l’Alliance anticommuniste argentine (Triple A) et assassinent dirigeants sociaux et politiques, députés, recteurs d’université, avocats…

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Sous le prétexte de l’activité de forces révolutionnaires, principalement l’ERP (branche armée du Parti révolutionnaire des travailleurs trotskistes) et Montoneros (organisation politico-militaire péroniste), un plan de répression, appelé Plan Independencia, est mis en place, en 1975 dans le nord du pays, puis étendu à toute l’Argentine et donne carte blanche à la police et aux forces armées, pour « annihiler les agissements terroristes ».
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Le 24 mars 1976, une junte militaire, sous la direction principale du général Rafael Videla et de l’amiral Emilio Massera, réunissant l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air, dépose la présidente de la République, Isabel Perón.

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Des commandos sont mis en place qui suivent le même schéma d’intervention : enlèvement par des hommes en uniforme ou en civil, transport dans un véhicule militaire ou banalisé dans un lieu clandestin de détention (plus de 400 seront ultérieurement recensés), application systématique de la torture puis disparition de la victime. La plupart d’entre elles sont jetées vivantes par l’aviation militaire dans les eaux du Rio de la Plata. Deux religieuses françaises furent victimes de ces « vols de la mort ».

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Les personnes ainsi disparues sont au nombre de 30 000. Mais ce que cherchent à infliger les forces militaires est, en réalité, l’anéantissement des mouvements sociaux pour imposer libéralisme économique et déréglementation. Les très fortes alliances qui s’établissent avec les puissances économiques caractérisent cette dictature civico-militaire.

Résultat de recherche d'images pour "desaparecidos argentina"À partir de 1980, des manifestations populaires commencent à être organisées et inquiètent les militaires. Ceux-ci, sous la direction du général Leopoldo Galtieri qui a remplacé le général Videla, se lancent, en avril 1982, dans la reconquête des îles Malouines, occupées illégalement par l’Angleterre depuis plus d’un siècle.

La défaite de l’armée argentine marqua la fin de la dictature. En 1983, des élections sont organisées qui portent au pouvoir, Raul Alfonsin, chef du Parti radical. Le premier geste significatif de son gouvernement sera de poursuivre devant la justice les chefs des forces armées.

Résultat de recherche d'images pour "juicio videla"C’est ainsi qu’en 1985, Rafael Videla, Emilio Massera, Leopoldo Galtieri et plusieurs autres généraux sont condamnés, pour enlèvements, séquestrations, actes de barbarie et homicides. Procès exceptionnel dans l’histoire de l’humanité. Cependant, sous la pression des casernes, le gouvernement radical décrète deux lois d’amnistie, en 1986 et 1987, afin de faire cesser les instructions pénales en cours. Une seule exception était stipulée : l’enlèvement à leur naissance des enfants arrachés à leur mère emprisonnée et donnés en adoption à des familles proches du pouvoir militaire.

Résultat de recherche d'images pour "abuelas plaza mayo"Dès les premiers mois de la dictature, les grands-mères de ces nouveau-nés, appelées Grands-Mères de la place de Mai, s’attachèrent à rechercher leurs petits-enfants, estimés à environs 500, tout comme les Mères de la place de Mai réclamaient leurs enfants disparus.
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Résultat de recherche d'images pour "abuelas plaza mayo"127 ont aujourd’hui été retrouvés et identifiés grâce aux progrès scientifiques sur l’ADN.

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Après vingt années d’impunité, les lois d’amnistie furent, en 2003, annulées sous l’impulsion de la gauche argentine et du président péroniste Nestor Kirchner et la justice put reprendre son œuvre. Aujourd’hui, plus de 2 071 personnes ont été poursuivies et 370 d’entre elles ont été condamnées.

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D’après un article du journal l’Humanité, publié le 24/03/2016

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