La vitalité du roman picaresque : on en publie en France aujourd’hui

Découvert cet été :

Un roman publié en janvier 2018, Les aventures de l’infortuné marrane Juan de Figueras (Jean-Pierre Gattégno), s’inscrit dans la continuité du roman picaresque (étudié l’année dernière avec les 1e LELE). L’un de ses extraits pourrait donc parfaitement constituer un document personnel pour le thème Voyage, parcours initiatique, exil de l’épreuve de LELE aussi bien que pour le thème Le personnage, ses figures, ses avatars.

 

Extrait du Prologue (p. 11 à 16)

Ne croyez pas, Monsieur, que j’ai toujours été un forban et que ma vie n’a été qu’une longue suite de mauvaises actions.

Je suis né à Séville, lorsque Philippe III, qui venait d’accéder au trône, se préparait à ruiner encore plus l’Espagne. J’ai vécu heureux dans ma ville natale jusqu’à ce que les malheurs que je vais vous conter, m’eussent obligé à en partir. Ma famille […] est originaire de Figueras, une ville du nord de l’Espagne dont elle a pris le nom. Je n’ai pas su comment nous nous appellions avant, mes parents disaient l’ignorer. Mon père, don Alvaro de Figueras, était un honorable négociant et ma mère, doña Elvira, une sainte femme dévouée à son mari et à ses enfants. Nous étions cinq frères et soeurs : Rafael, Ignacio et moi d’un côté, Carmen et Rosita de l’autre. […] Mon père avait bâti sa fortune sur l’afflux des trésors provenant des Indes occidentales. […] Il faisait faire des bijoux et des meubles de prix qu’il revendait dans toute l’Espagne. Lorsque cette manne s’est tarie, mon père a eu la sagesse d’épargner ses gains, en sorte que nous avons continué à mener une confortable existence. […] Ma vie aurait continué heureuse et paisible si un soir, […] mon père ne m’avait annoncé qu’il m’avait inscrit au collège du Saint-Sacrifice-de-la-Rédemption à Valence. […] A ces mots, ma mère se jeta à ses pieds.

“Votre fils vient d’avoir treize ans, laissez-le encore parmi nous ! s’écria-t-elle. Il est jeune, pourquoi une décision si hâtive, et pourquoi Valence ? Il existe d’excellents collègues à Séville. Valence est loin, nous risquons de ne pas le revoir avant longtemps. Je vous en supplie, Monsieur, reportez votre décision.

– Le collège du Saint-Sacrifice est un excellent établissement, répondit-il. […] Juan y sera très heureux. Je l’y ai inscrit, il n’y a pas à revenir là-dessus.”

Ma mère eut beau le supplier, il fut inflexible. Quant à moi, l’idée de quitter les miens me désola, mais je ne pouvais m’opposer à une décision de mon père. […] La mort dans l’âme, je lui obéis. Je n’avais jamais entendu parler du collège du Saint-Sacrifice-de-la-Rédemption, j’étais loin de me douter que j’y ferais mes premières années de forban.”

 

Pistes de réflexion (liste non exhaustive)

  • Quelles sont les caractéristiques principales de cet extrait ? Que peut-on en dire ? Comment peut-on le résumer (contenu) ? Où se déroule l’intrigue ? Quand ? Que peut-on dire sur la forme de ce texte et les choix de l’auteur ?
  • Comment peut-on qualifier la narration de ce texte ?
  • En quoi ce texte reprend-il les codes du genre picaresque ? (niveau de langue, champ lexical, thème, type de personnages, contenu et fonction du prologue, importance accordée à la présentation de la famille, rapport à l’exil / au voyage / au parcours initiatique, place de la religion…)
  • Quelles similitudes et quelles différences peut-on observer entre ce texte et les extraits de Lazarillo de Tormes abordés en classe ?
  • De quel concept peut-on rapprocher le terme forban employé dans ce texte ?

Autres éléments intéressants : structure des aventures de l’infortuné marrane Juan de Figueras

1. Première division = en “livres”

  • Prologue
  • Livre premier : Le collège du Saint-Sacrifice-de-la-Rédemption
  • Livre deuxième : Hermano
  • Livre troisième : Méfaits et impostures
  • Livre quatrième : De Linares à Jaén
  • Livre cinquième : Les compagnons de la Buena Suerte
  • Livre sixième : Madrid
  • Livre septième : L’amour
  • Épilogue

2. Deuxième division (subdivision) : en chapitres intitulés comme suit

Premier livre :

  • Chapitre PREMIER : De mon départ pour Valence, mon voyage avec Filógeno et notre arrivée à Valence
  • Chapitre VII : Comment je fis la connaissance de José de la Huerqería et ce qui s’ensuivit.
  • Chapitre VIII : Comment l’abbé Fernandez reçut ma confession. L’étonnante proposition que me fit José pour ne plus mourir de faim.
  • Chapitre IX : De mes débuts en fripouillerie
  • Chapitre X : De mon exclusion du collège et ce qui s’ensuivit

Deuxième livre :

  • Chapitre PREMIER : Où je rencontrai un ancien cordonnier qui prétendit connaître mes parents
  • Chapitre II : Où je découvris quel maître fourbe était Hermano
  • Chapitre III : Comment Hermano me força à mendier. La honte que j’éprouvai à tendre ma sébile aux passants.
  • Chapitre IV : Des leçons de mendicité que me donna Hermano et ce qui s’ensuivit
  • Chapitre V : Comment Hermano voulut se venger de l’aveugle

Pistes de réflexion (liste non exhaustive):

  • Comment sont formulés les titres des fragments qui composent ce roman ? Quels sont les éléments récurrents que l’on repère dans ces titres ? Quelle est la place accordée aux personnages ? Et aux lieux ainsi qu’aux déplacements ?
  • Quelles similitudes peut-on repérer avec les titres des parties de Lazarillo de Tormes, les personnages qui y figurent, les péripéties et les sujets abordés ?

Laisser un commentaire